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Je suis anxieux alors que tout va bien : comprendre ce qui se passe en moi

Vous avez peut-être déjà ressenti cette anxiété qui apparaît alors que, pourtant, rien de particulier ne semble l’expliquer. Peut-être ne savez-vous même pas encore que vous êtes anxieux. Vous ressentez une tension globale, vous êtes sur les nerfs, inquiet ou sur le qui-vive. Vous constatez que quelque chose doit vous préoccuper, car vous dormez moins bien ou vous voyez apparaître des manifestations somatiques, comme une douleur, des boutons ou de l’eczéma par exemple, mais vous ne comprenez vraiment pas pourquoi.

En effet, en ce moment, tout va bien. Alors pourquoi cette tension ? Pourquoi ai-je l’impression que mon anxiété apparaît sans raison ?

C’est d’ailleurs ce qui peut rendre l’anxiété difficile à comprendre. Nous avons parfois l’impression que tout va bien et, pourtant, notre corps et notre esprit semblent rester en état de vigilance, comme si quelque chose nécessitait notre attention. Une tension diffuse s’installe, sans que nous parvenions toujours à identifier ce qui la déclenche.

Pour mieux comprendre ce qui se passe, il peut alors être intéressant de ne pas chercher immédiatement à faire disparaître cette anxiété, mais de commencer par observer comment elle se manifeste et dans quelles situations elle apparaît.

La peur et l'anxiété ont une fonction.

Lorsque nous ressentons de la peur ou de l’anxiété, notre premier réflexe est souvent de vouloir nous en débarrasser. Ces émotions sont inconfortables et peuvent parfois prendre beaucoup de place dans notre quotidien.

Pourtant, comme toutes nos émotions, elles ont une fonction. Elles ne sont pas là pour nous faire souffrir, mais pour nous transmettre une information.

Si vous souhaitez mieux comprendre le rôle des émotions, je vous invite d’ailleurs à lire mon article « Comprendre ses émotions et apprendre à les réguler ». Pour compléter cet article, vous pouvez également consulter les informations proposées par l’Assurance Maladie sur la santé mentale et l’anxiété.

Prenons un exemple.

Vous traversez la route et une voiture arrive à vive allure dans votre direction.

Sans même avoir le temps d’y réfléchir, votre corps réagit avant vous. Votre cœur s’accélère, vos muscles se contractent et vous faites instinctivement un pas en arrière. Dans cette situation, cette réaction est précieuse. Elle vous permet de vous protéger face à un danger réel et immédiat.

Une fois le danger passé, votre corps retrouve progressivement son équilibre.

La peur a donc rempli son rôle.

L’anxiété, elle aussi, remplit une fonction de protection. Elle ne se manifeste cependant pas de la même manière.

Que se passe-t-il lorsque nous sommes anxieux alors que tout semble aller bien ?

Imaginons maintenant que vous soyez chez vous, tranquillement installé dans votre canapé. La journée s’est bien passée. Rien ne semble justifier cet état et pourtant, vous vous sentez tendu. Vous avez du mal à vous détendre, votre esprit reste préoccupé et vous avez la sensation que quelque chose pourrait arriver, sans savoir exactement quoi.

Pourtant, quelque chose en vous reste en état de vigilance.

C’est une façon dont l’anxiété peut se manifester.

Vous pouvez repenser à ce rendez-vous de demain, vous demander si vous avez bien répondu à ce mail ou imaginer tout ce qui pourrait ne pas se passer comme prévu. Sans même vous en rendre compte, votre esprit commence à anticiper.

Quand notre cerveau anticipe le danger :

Contrairement à la peur, qui nous aide à réagir face à un danger présent, identifiable et immédiat, nous ressentons de l’anxiété souvent lorsque notre cerveau anticipe un danger qui pourrait survenir. C’est notamment le cas lorsque nous faisons face à une situation incertaine ou lorsqu’une accumulation de préoccupations occupe peu à peu notre esprit. Dans certaines situations, cette capacité est très utile.

Photo d'un homme inquiet assis sur un canapé, illustrant la situation « je suis anxieux alors que tout va bien ».

Une capacité utile ... qui peut parfois s'emballer :

Si vous devez passer un examen, préparer une intervention ou prendre la route sous une météo difficile, anticiper certains risques peut vous permettre de mieux vous organiser. Vous allez peut-être préparer vos affaires à l’avance, vérifier votre trajet ou prendre un peu plus de temps. Dans ces situations, cette anticipation est utile : elle vous aide à vous sentir plus en sécurité.

Cette capacité est donc précieuse. Elle nous aide à nous adapter lorsque nous devons faire face à une situation qui comporte un risque ou une part d’incertitude. En revanche, il arrive parfois que notre cerveau continue à anticiper des dangers, même lorsqu’il n’y a pas de raison immédiate de le faire. Et c’est justement ce qui rend parfois l’anxiété difficile à comprendre : nous cherchons autour de nous ce qui nous met en danger, alors que ce qui nous maintient en vigilance n’est pas toujours visible ou immédiatement identifiable.

Si notre cerveau anticipe autant, ce n’est pas parce qu’il cherche à nous compliquer la vie.

Il essaie, à sa manière, de nous protéger.

Chez certaines personnes, cette vigilance s’est développée au fil de leur histoire. Elle a parfois été la meilleure façon de faire face à certaines situations. Pour comprendre pourquoi elle peut persister aujourd’hui, il est intéressant de se demander comment elle s’est construite.

Pourquoi cette anxiété apparaît-elle alors que tout semble aller bien ?

Vous vous êtes peut-être déjà posé cette question :

« En ce moment, tout va bien. Alors pourquoi suis-je anxieux alors que tout semble aller bien ? »

 Lorsque rien, dans notre quotidien, ne semble expliquer cette anxiété, nous pouvons avoir l’impression qu’elle apparaît sans raison. 

Pourtant, ce n’est généralement pas le cas.

Notre cerveau apprend à nous protéger :

Notre cerveau apprend en permanence.

Au fil de notre vie, il enregistre les situations qui lui ont permis de rester en sécurité, celles qui ont été difficiles ou douloureuses, mais aussi les façons dont nous avons réussi à y faire face.

Sans que nous en ayons conscience, il garde en mémoire ces expériences.

Certaines de ces stratégies se construisent très tôt dans notre vie.

Elles ont parfois été la meilleure façon de nous protéger, de préserver une relation importante ou simplement de continuer à avancer dans un contexte difficile.

À ce moment-là, elles avaient une véritable utilité.

Avec le temps, elles peuvent devenir automatiques. Avec le temps, ces stratégies peuvent devenir automatiques. Le cerveau continue alors à les utiliser, même si le contexte a changé.

Quand une stratégie ancienne continue d'agir aujourd'hui :

Imaginons un enfant qui a appris qu’il devait toujours être très vigilant pour éviter les conflits à la maison.

Observer les réactions des autres, anticiper leurs émotions ou essayer de prévoir ce qui allait se passer pouvait lui permettre de se sentir un peu plus en sécurité.

C’était, pour lui, une façon d’éviter les conflits.

Il a donc développé une faculté d’adaptation, d’anticipation.

Des années plus tard, cette façon d’être inquiet, attentif à tout peut être restée présente, alors même que l’environnement n’est plus le même.

Bien sûr, cet exemple n’explique pas toutes les situations. L’anxiété peut avoir de nombreuses origines et chaque histoire est unique.

Mais il nous rappelle une chose importante : si une stratégie est encore présente aujourd’hui, ce n’est généralement pas par hasard. Elle a souvent eu une fonction.

quand le passé influence encore notre présent :

Savoir qu’un mécanisme a eu une fonction est une chose. Encore faut-il comprendre comment il se manifeste aujourd’hui.

Lorsque nous ressentons régulièrement cette anxiété, il peut être intéressant de commencer par observer dans quelles situations elle apparaît. Qu’est-ce qui vient de se passer ? Quelle pensée ai-je eu à ce moment là ? Qu’est-ce que j’ai ressenti ?

C’est souvent en observant ce qui se passe aujourd’hui que nous pouvons, si cela est utile, faire progressivement des liens avec notre histoire et mieux comprendre comment certains de nos fonctionnements se sont construits.

Peu à peu, cette observation permet de mieux comprendre ce qui se joue en nous. Nous pouvons ensuite progressivement détricoter certains automatismes et retrouver davantage de liberté dans notre manière de réagir.

Observer avant d'interpréter : une première étape pour mieux comprendre son anxiété

Commencer par observer sans chercher immédiatement à comprendre :

Lorsque nous ressentons de l’anxiété, notre premier réflexe est souvent de vouloir comprendre immédiatement ce qui nous arrive, ou de chercher à faire disparaître ce que nous ressentons.

Pourtant, avant de chercher une explication, il peut être utile de prendre un instant pour observer ce qui est en train de se passer.

Chez certaines personnes, ce sera d’abord le corps : le cœur qui s’accélère, une boule dans la gorge, une tension corporelle ou une respiration plus courte ou toute autre manifestation.

Pour d’autres personnes, ce seront plutôt des pensées qui tournent en boucle, des scénarios qui s’enchaînent ou une image qui revient sans cesse.

Parfois, le premier indice est un comportement : manger sans avoir faim, remettre une tâche au lendemain, éviter une situation, avoir besoin de tout contrôler ou chercher constamment à être rassuré…

Il n’existe pas une seule manière de ressentir l’anxiété. Chacun possède ses propres signaux d’alarme. J’appelle « signal d’alarme » le premier indice qui me montre que quelque chose est en train de se passer en moi, qu’il s’agisse d’une sensation physique, d’une pensée, d’une émotion, d’une image ou d’un comportement.

Ces signaux d’alarme sont différents d’une personne à l’autre. À ce stade, l’objectif n’est pas de comprendre pourquoi ils apparaissent, mais simplement d’apprendre à les reconnaître.

Apprendre à reconnaître ces premiers signes est souvent une première étape importante. L’anxiété ne se manifeste pas toujours de façon évidente. Elle peut être diffuse, s’installer progressivement ou faire partie de notre quotidien depuis si longtemps que nous n’y prêtons plus vraiment attention.

Une question peut alors nous guider :

Quel est le premier signe qui me fait comprendre que quelque chose est en train de se passer ?

Observer ce qui s'est passé juste avant :

Une fois ce premier signal d’alarme repéré, il peut être intéressant de revenir à ce qui s’est passé juste avant son apparition.

Il n’est pas toujours facile d’identifier ce qui a déclenché notre anxiété. Nous pouvons avoir l’impression qu’elle est apparue sans raison apparente. Pourtant, en prenant le temps d’observer, nous pouvons souvent identifier un élément qui a précédé son apparition : une situation, une parole, un comportement, un regard, un changement de programme, un message resté sans réponse, une pensée ou encore une image qui nous est venue à l’esprit.

Jeune homme mangeant des biscuits pour illustrer un comportement lié à l'anxiété ou aux émotions.

Ce n’est pas toujours la situation elle-même qui déclenche notre anxiété. C’est aussi la manière dont nous l’avons comprise, interprétée ou anticipée. Deux personnes peuvent vivre exactement le même événement sans ressentir la même chose.

À ce stade, il ne s’agit pas encore de savoir si notre interprétation est juste ou non. L’objectif est simplement de mieux comprendre ce qui s’est passé en nous.

Quelques questions peuvent alors nous guider :

  • Quel est le fait ? Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?
  • Qu’est-ce que je me suis dit à ce moment-là ?
  • Qu’est-ce que j’ai ressenti ?

Prendre le temps de répondre à ces questions permet souvent de mieux comprendre ce qui a déclenché notre signal d’alarme. Petit à petit, nous découvrons que notre anxiété n’apparaît pas toujours au hasard et que certaines situations, ou la manière dont nous les interprétons, semblent l’activer plus facilement que d’autres.

Repérer ce qui se répète d'une situation à l'autre :

Après avoir observé une situation, il peut être intéressant de se demander si ce que nous avons remarqué est déjà arrivé dans d’autres circonstances. Parfois, une seule situation nous permet déjà de mieux comprendre ce qui se passe en nous. D’autres fois, c’est en faisant des liens entre plusieurs situations que certains points communs commencent à apparaître.

Il ne s’agit pas forcément des mêmes événements, mais plutôt de ce qui se répète dans notre façon de penser, de ressentir ou de réagir.

Nous pouvons par exemple remarquer que notre signal d’alarme apparaît plus facilement lorsque nous avons le sentiment d’être jugés, lorsque nous ne maîtrisons pas une situation, lorsque nous avons peur de décevoir quelqu’un ou encore lorsque nous sommes confrontés à l’incertitude.

Il est également possible que certaines pensées reviennent régulièrement, comme : « Je ne vais pas y arriver. », « J’ai dû faire quelque chose de travers. » ou « Il va se passer quelque chose. » Nous pouvons aussi observer que nous adoptons souvent les mêmes comportements, comme éviter certaines situations, remettre une tâche au lendemain, chercher à être constamment rassuré ou manger sans avoir faim.

Repérer ces régularités ne permet pas, à lui seul, d’expliquer notre anxiété. En revanche, cela nous aide progressivement à mieux comprendre notre fonctionnement et à donner davantage de sens à ce que nous vivons.

Comprendre son anxiété ne signifie pas tout expliquer ni tout résoudre. En revanche, en apprenant à observer ce qui se passe en nous, nous pouvons progressivement donner davantage de sens à ce que nous vivons.

Ce regard différent est souvent une première étape. Il nous permet de prendre conscience de notre anxiété. Il ne fait pas disparaître l’anxiété, mais il permet parfois de ne plus la subir de la même manière.

Lorsque nous comprenons mieux notre fonctionnement, nous pouvons ensuite choisir, pas à pas, d’autres façons d’y répondre. Cette compréhension nous rend progressivement plus autonomes face à ce que nous vivons : non pas parce que tout devient facile, mais parce que nous apprenons à mieux nous connaître et à faire des choix plus conscients.

Femme écrivant dans un carnet, illustrant l'observation de ses émotions et la compréhension de soi.