Vous vous dites peut-être : « Je n’aime pas le changement. » Vous vous êtes peut-être déjà demandé pourquoi certaines situations vous rendent anxieux, alors même qu’aucun danger immédiat n’est présent.
Peut-être cette phrase vous est-elle déjà venue à l’esprit à l’approche d’un déménagement, d’un nouveau travail, d’une opération ou face à une situation inhabituelle. Elle semble expliquer, à elle seule, ce que vous ressentez. Pourtant, est-ce vraiment le changement qui est difficile à vivre ?
Imaginons un instant que l’on vous annonce qu’à partir du mois prochain, votre salaire augmentera de 500 € sans qu’aucune autre modification ne soit prévue. Il s’agit bien d’un changement, mais il est probable que cette nouvelle ne provoque pas beaucoup d’anxiété. En revanche, si l’on vous propose un nouveau poste dans une entreprise que vous ne connaissez pas, où tout reste à découvrir, un certain inconfort peut s’installer, sans que vous sachiez vraiment pourquoi. Dans les deux situations, il y a pourtant un changement. Alors, qu’est-ce qui peut rendre l’une plus anxiogène que l’autre ?
Il est aussi possible de ressentir quelque chose de similaire… alors même que rien n’a encore changé.
Vous pouvez par exemple être sur le point de vivre une expérience pour la première fois. Il peut s’agir de parler en public, prendre le train seul ou vous rendre dans un endroit que vous ne connaissez pas. Dans chacun de ces exemples, une partie de ce qui vous attend reste, pour l’instant, inconnue. Vous pouvez ressentir une peur diffuse, votre esprit peut alors chercher à anticiper ce qui va se passer, imaginer différents scénarios ou tenter de trouver des réponses. Cependant, seule l’expérience permettra de découvrir comment les choses se dérouleront réellement. Et si cette sensation d’être anxieux n’était pas tant liée au changement … qu’à l’inconnu qui l’accompagne ?
Pourquoi l'inconnu peut être si difficile à vivre ?
Le changement est souvent une rencontre avec l'inconnu :
Lorsqu’un changement se présente, nous pensons souvent qu’il est à l’origine de notre inconfort. Pourtant, ce changement est rarement un simple passage d’une situation à une autre. Il s’accompagne presque toujours de questions auxquelles nous ne pouvons pas encore répondre. Comment vais-je m’adapter ? Est-ce que je vais m’y sentir bien ? En serais-je capable ? Même lorsque ce changement est souhaité, il nous demande de quitter ce que nous connaissons pour avancer vers quelque chose que nous ne maîtrisons pas encore. Ce n’est donc pas seulement le changement qui est en jeu, mais tout ce que nous ignorons encore de cette nouvelle situation.
Mais parfois, rien n'a encore changé ... et pouratnt l'anxiété est déjà là :
Il suffit parfois qu’un événement approche pour que notre esprit commence à s’agiter. Imaginons que, dans quelques jours, vous deviez prendre la parole devant plusieurs personnes pour la première fois. Aujourd’hui, vous êtes tranquillement chez vous. Rien ne s’est encore passé. Malgré cela, vous vous surprenez peut-être à imaginer ce que vous allez dire, à vous demander si vous allez perdre vos moyens ou si les autres vont vous juger. Plus vous y pensez, plus cette situation semble prendre de la place. Ce n’est pourtant pas l’événement lui-même qui vous fait réagir, puisqu’il n’a pas encore eu lieu. Ce qui est difficile à vivre, c’est de ne pas savoir comment les choses vont se passer. L’inconnu prend alors une place importante, non pas parce qu’il est forcément dangereux, mais parce qu’il laisse de nombreuses questions sans réponse. Si vous souhaitez approfondir le fonctionnement de cette émotion, je vous invite également à lire mon article Pourquoi ai-je souvent peur ? dans lequel j’explore plus en détail les mécanismes de l’anxiété.
Que fait notre esprit quand il ne sait pas ?
Il cherche à comprendre et à anticiper :
Lorsque quelque chose reste incertain, notre esprit cherche naturellement à recueillir des informations et à imaginer ce qui pourrait arriver. Cette réaction peut être très utile. Si vous devez bientôt emménager dans une nouvelle maison, vous allez probablement penser aux cartons, au changement d’adresse, aux démarches administratives ou encore à l’organisation du jour du déménagement. De la même manière, si vous devez prendre le train seul pour la première fois, vous allez peut-être regarder l’itinéraire, vérifier les horaires ou prévoir de partir un peu plus tôt. Dans ces situations, anticiper permet de mieux se préparer, de limiter certains imprévus et de retrouver un peu de sécurité face à ce qui est encore inconnu.
Chercher à comprendre ce qui nous attend n’est donc pas un problème en soi. Cela nous aide souvent à nous adapter et à agir de manière concrète. Mais toutes les questions ne peuvent pas trouver de réponse immédiatement. Il arrive alors que notre esprit continue malgré tout à chercher, en imaginant de nouveaux scénarios, dans l’espoir de parvenir enfin à savoir ce qui va se passer.
Quand chercher des réponses ne nous apaise plus :
C’est à ce moment-là que la situation peut devenir plus inconfortable. Même lorsqu’aucune nouvelle information n’est disponible, notre esprit continue parfois à explorer toutes les possibilités. Une question en entraîne une autre, puis une autre encore. Nous avons l’impression de réfléchir beaucoup, mais sans réellement avancer.
Imaginons que vous deviez être opéré dans quelques semaines. Vous renseigner sur l’intervention, préparer votre hospitalisation et poser les questions importantes peut vous aider à vous sentir davantage préparé. En revanche, si vous passez de longues heures à chercher de nouveaux témoignages, à lire des forums ou à envisager toutes les complications possibles, il est possible que cette recherche ne vous rassure plus. Chaque réponse peut alors faire naître une nouvelle question, et l’intervention prendre progressivement de plus en plus de place dans votre esprit.
Le basculement n’est pas toujours facile à repérer, car l’objectif reste le même : essayer de se protéger. Pourtant, à partir d’un certain moment, chercher davantage ne réduit plus réellement l’incertitude. Cela entretient surtout l’impression qu’il manque encore une réponse avant de pouvoir se sentir rassuré.
Et si le problème n'était pas l'incertitude ?
Nous ne pouvons pas toujours savoir :
Après avoir cherché des réponses, imaginé différents scénarios et essayé de réduire l’incertitude, il reste parfois une réalité difficile à accepter : certaines questions n’ont tout simplement pas encore de réponse. Nous aimerions savoir comment une situation va se dérouler avant de nous y engager, mais une partie de l’avenir nous échappe toujours. Nous ne pouvons pas savoir avec certitude comment se passera un entretien d’embauche, comment évoluera une relation ou si une intervention médicale se déroulera exactement comme prévu.
Cette incertitude peut être inconfortable, car elle comporte aussi une part de risque : la possibilité que les choses ne se déroulent pas exactement comme nous l’avions imaginé. Notre esprit aimerait alors lever tous les doutes avant d’avancer, mais attendre d’être totalement certain est souvent impossible.
Cela ne signifie pas que se préparer ou réfléchir soit inutile. Prévoir ce qui peut l’être nous aide à nous adapter. Mais il arrive un moment où continuer à chercher ne nous apporte plus davantage de certitudes. Ce n’est alors pas une nouvelle réponse qui nous manque : c’est simplement que certaines questions ne peuvent pas encore en avoir.
Changer de regard sur cette anxiété :
Si l’inconnu nous rend anxieux, ce n’est peut-être pas parce que cette anxiété cherche à nous empêcher d’avancer. Elle peut aussi être le signe que nous nous apprêtons à entrer dans une situation que nous ne maîtrisons pas encore.
Plutôt que de chercher à faire disparaître immédiatement cette anxiété, il peut être intéressant de se demander ce qu’elle cherche à nous dire. Est-elle en train de m’inciter à mieux me préparer ? À prendre une précaution utile ? Ou suis-je plutôt en train de rechercher une certitude que personne ne peut réellement obtenir ?
Autrement dit, l’anxiété n’est pas toujours le problème en elle-même. C’est parfois la manière dont nous essayons de répondre à ce qu’elle provoque qui devient source de souffrance. Accepter qu’une part d’incertitude existe ne signifie pas apprécier l’inconnu, ni ne plus ressentir d’anxiété. Cela signifie peut-être simplement reconnaître que nous ne pourrons pas toujours tout savoir avant d’agir.
En conclusion
Que se passerait-il si nous attendions d’avoir toutes les réponses avant de prendre une décision, de rencontrer quelqu’un, de commencer un nouveau travail ou de nous lancer dans un projet ? Certaines expériences importantes ne verraient peut-être jamais le jour.
Lorsque nous nous disons : « Je n’aime pas le changement », nous parlons peut-être parfois de tout autre chose. Peut-être parlons-nous surtout de cette part d’inconnu qui nous rend anxieux et qui accompagne de nombreuses situations de notre vie. Chercher à comprendre, à anticiper et à se préparer est une réaction naturelle. Mais lorsque certaines réponses n’existent pas encore, il nous faut parfois avancer sans attendre d’être totalement rassurés.
Si vous souhaitez mieux comprendre le rôle des émotions dans notre fonctionnement, vous pouvez également découvrir mon article Les émotions : à quoi servent-elles ? Et si cette manière d’aborder l’anxiété et l’incertitude vous parle, vous pouvez découvrir la thérapie ACT, une approche thérapeutique qui s’intéresse notamment à notre relation avec nos pensées, nos émotions et ce que nous ne pouvons pas toujours contrôler.